jeudi 13 août 2009

Notre-Dame-Dans-La-Marde

Le Collège Notre-Dame
Où se transmet l'Éducation
Dans l'amour de la tradition
(Aux filles aux chastes intentions)
- Mononc' Serge

Ainsi donc, Hydro-Québec, après avoir augmenté ses tarifs et fait chier l'ensemble de la population, a décidé de faire un don au réputé et réputable Collège Notre-Dame, qui, semble-t-il, a besoin de fonds pour rénover ses infrastructures sportives.

Cyberpresse presse le public d'émettre son opinion sur le sujet en prenant soin de mener le sujet vers le 'contre' en mentionnant que le PDG d'Hydro ''donne aux riches''...

À l'Assemblée Nationale, l'Opposition est contre et réclame la tête de Thierry Vandal, le PDG en question; le PQ semble l'être encore plus puisqu'il a droit à son propre article. Un dénommé Sylvain Gaudrault, aussi, est contre, outré, même, selon Le Quotidien, mais le journal ne mentionne pas pourquoi son opinion vaut quoi que ce soit...

Bon, c'est sûr que c'est d'un goût, disons, douteux, qu'on prenne l'argent que tous les Québécois ont payé en hydroélectricité et qu'on en remette une partie à une école qui coûte quelques milliers de dollars par année à chaque élève - surtout que ladite école s'adonne à être celle où Vandal a étudié et où, en plus, il siège au conseil d'administration.

Peut-être suis-je biaisé parce que moi aussi, j'y suis allé à Notre-Dame, et qu'ils m'y ont lavé le cerveau, mais, en soi, je vois beaucoup plus de points ''pour'' que de points ''contre'' cette histoire.

Bon, on veut amener le débat vers un angle ''on privilégie les riches avec l'argent des pauvres'', et c'est en quelque sorte vrai, mais il y a probablement quand même autant (sinon plus) de gens moins aisés qui envoient leur enfant à Notre-Dame que de riches dans les écoles publiques - pour la simple et bonne raison que Notre-Dame demeure une des meilleures institutions d'éducation au pays depuis 140 ans; en effet quand L'Actualité ne le place pas dans le Top 5 de ses écoles dans son palmarès annuel, elle le place ex-aequo deuxième-qui-devient-neuvième parce que trop d'écoles semblent se valoir en même temps, comme elle l'a fait en 2004.

On parle ici d'une école secondaire où 94% des élèves finissent par obtenir au diplôme de Cégep, ce n'est pas rien quand on considère que plus de la moitié de la population de notre Belle Province ne se rend pas là - public ou privé. Ne faudrait-il pas encourager les institutions qui forment bien ses jeunes sous le seul prétexte percevoient des frais d'admission? Ce serait un nivellement par le bas injuste et indéfendable!

Bon, va pour la qualité de l'école.

On semble aussi oublier qu'Hydro-Québec n'est qu'à moitié une société publique; elle a aussi des actionnaires, et des comptes à rendre. Et des impôts à tenter de ne pas payer. Pour ce faire, elle utilise des abris fiscaux. Elle subventionne l'art, certains festivals, certaines courses automobiles. Cette fois-ci, elle a décidé de donner à une école secondaire.

Une école secondaire - pas une prison, pas une clinique de méthadone, pas un centre d'euthanasie, pas une église, pas un congrès raciste, pas à la caisse du gouvernement Harper, pas à des millionnaires sportifs, pas des compagnies pharmaceutiques, pas des pollueurs.

Et pas non plus aux ''riches'' qui y envoient leurs kids. À l'établissement, qui ne peut augmenter ses frais d'admission que d'un certain pourcentage chaque année et dont les dépenses, comme les autres écoles il est vrai, ne font qu'aller en augmentant.

En plus, Vandal s'est abstenu de participer aux réunions d'Hydro et du Collège pendant qu'on pesait cette option. Comme les Molson l'ont fait quand ils ont acheté le Canadien il y a 3 mois malgré qu'ils étaient et sur le conseil d'aministration du Canadien et celui de Coors...

Encore une fois: c'est correct pour une compagnie privée (deux en fait) qui ne dévoilent jamais leurs 'chiffres' malgré qu'ils nous vendent leurs billets de spectacles 300$ (U2, Centre Bell) et leurs billets de hockey 175$ (Canadien, Centre Bell, match hors-concours!) - mais une école secondaire?

Le problème d'éthique en est un de société: une seule et même personne ne devrait pas pouvoir siéger sur plus d'un conseil d'administration. Ça crée une homogénéité dangereuse et tendancieuse qui oriente la société au complet dans une direction que de moins en moins de gens ont le pouvoir de décider de suivre. C'est vrai - et c'est mauvais. Mais tant qu'il n'y aura pas une loi contre, il faudra vivre avec.

Un des pires cas de ce type de conflit d'intérêts demeure Jacques Ménard, actuel chef de BMO qui a, justement, procédé à la vente du Canadien. Quand les Expos ont été vendus en 1991, vu ses contacts avec BMO Nesbitt Burns qui en devenaient actionnaires minoritaires, il a été nommé au conseil d'administration des Expos, ce qui l'a conduit à plusieurs postes simultanés, que je cite du site web de BMO:

L. Jacques Ménard est président du conseil d’administration de BMO Nesbitt Burns, l’une des plus importantes sociétés de valeurs mobilières au Canada. Il est également président de BMO Groupe financier, Québec. À ce titre, il chapeaute les activités de BMO Banque de Montréal et de ses filiales qui comptent quelque 170 succursales et 5 000 employés.

M. Ménard est présentement administrateur de Claridge Inc., de l’Institut de cardiologie de Montréal, de l’Orchestre Symphonique de Montréal et des Alouettes de Montréal. Il est également membre du comité consultatif de l’Institut des administrateurs de sociétés (Section du Québec) et membre associé du conseil d’administration des Réseaux canadiens de recherches en politiques publiques inc., en plus de siéger au Conseil consultatif international de l’École des HEC, au Conseil consultatif de l’École des affaires publiques Glendon de l’Université York et au conseil d’administration de la Fondation Macdonald Stewart.

M. Ménard a par ailleurs présidé le Comité de travail sur le financement et la pérennité du système de santé et de services sociaux du Québec, mis sur pied par le Gouvernement du Québec en décembre 2004. Il a publié en 2008 un premier livre intitulé Si on s’y mettait… , dans lequel il propose dix grands chantiers assortis de propositions d’actions concrètes pour relancer le Québec. Dans la foulée de ce livre, il a créé le Groupe d’action sur la persévérance et la réussite scolaires, composé de 28 membres en provenance de ministères du gouvernement du Québec, du milieu des affaires et d’organismes oeuvrant dans des domaines reliés à la persévérance scolaire. Le Groupe a dévoilé son plan d’action en mars 2009.

Hey, ça en fait des affaires! Parlez-moi de ça, un gars qui en connaît autant en finances qu'en musique classique, en sports, en santé, en politique et en éducation! Crissez-le premier ministre, quelqu'un!

À côté de lui, Thierry Vandal, c'est rien. Et pourtant, c'est Vandal qu'on accuse de corruption et de conflits d'intérêts. Vous y comprenez quelque chose, vous?

De toutes façons, peu importe de quel côté du débat vous vous placez, demandez-vous: est-ce la première fois que l'élite redonne à l'élite? Surtout une élite qu'elle connaît? Dites-vous qu'on est ici dans un cas bien moins pire que celui de Dick Cheney et les contrats attribués à Halliburton en Iraq et en Afghanistan, ou des lois changées par George W. Bush pour accomoder ses amis de l'industrie pétrolière...

Encore une fois: Hydro-Québec a donné de l'argent...
à une école secondaire...
francophone...
originellement catholique...

Sacrament!

ajout: dans la foulée de la controverse, Notre-Dame a refusé le cash...

La Courbe Du Désir

Je suis sorti ce soir avec un couple d'amis qui tendent à entrer dans les plus intimes détails de leur relation à presque chaque conversation que j'ai avec eux. Comme si ''tout se dire'' n'était pas assez, ils vont au plus profond des sujets avec moi.

Leur vie sexuelle est d'ailleurs un sujet impossible à éviter. Fréquence, durée, longueur, largeur, nombre exact de coups donnés, de cheveux tirés - c'est comme y être, sans l'odeur qui vient avec.

Ce soir n'a pas fait exception.

J'ai eu droit à une discussion d'une heure sur le fait qu'il ne produit plus aussi souvent qu'avant, avec lui qui de débattait tel un poisson pris la lèvre dans un hameçon et, peu importe l'argument qu'il pouvait trouver, elle trouvait mieux, si bien qu'on revenait trop souvent au ''c'était bien mieux avant''. Jusqu'à ce que j'embarque dans le jeu:

Le problème, c'est qu'il te connaît mieux maintenant; à cause de ça, il t'aime mieux - et plus. Peut-être bien qu'avant, il te baisait constamment, comme si chaque seconde allait être sa dernière et qu'il voulait la passer en toi en tous temps.

Maintenant, toutefois, il voit son avenir en toi, tu es le futur. Il cherche à préserver sa santé pour passer le plus de temps possible à te faire sourire, à te faire plaisir. Il veut que vous passiez le plus de moment inoubliables ensemble qu'il est possible d'avoir, des moments que tu chériras pour toujours, parce que c'est ce que tu vaux. Il ne veut pas risquer de te décevoir en ne te donnant pas l'effort maximal que tu mérites; il veut être à son meilleur pour toi.

C'est pourquoi, parfois, quand vous êtes trop fatigués ou trop saoûls pour marcher en ligne droite, il te demande d'attendre au lendemain matin: pour s'assurer, justement, d'assurer, pour être en mesure de fournir tout l'effort et tout le confort qu'il sait amener quand toute sa concentration y est.
Elle est partie se coucher en sachant qu'elle était la femme la plus hot de la planète. Il a eu une bonne nuit de sommeil pour laquelle il n'a pas eu à se sentir coupable.

Encore une fois, j'ai fait ma job.

mardi 11 août 2009

Mentalité De Village

Ainsi donc, le maire de Québec est en furie. ''Son'' Festival d'Été, sa principale attraction estivale mis à part toutes les qualités touristiques de son village, sera dorénavant devancé par les FrancoFolies de Montréal.

Les FrancoFolies, se targuant d'être le deuxième festival de musique francophone au monde, après les Francofolies de Larochelle évidemment, dans la deuxième ville francophone du monde, après Paris, se doivent absolument d'attirer les grandes vedettes qui chantent dans la langue de Molière - autant ceux qui ont l'accent de Renaud que ceux qui chantent avec l'accent de Gerry Boulet - pour conserver leur crédibilité.

Toutefois, les artistes français connus tournent en juin et juillet, dates où ils peuvent se produire pendant les grands festivals européens comme à leurs concerts assignés. En août, ça devient plus compliqué. Le dirigeant des FrancoFolies, Alain Simard de Spectra, un petit Napoléon des finances publiques qui tente de Disney-ifier le centre-ville de Montréal, a quand même pris la seule décision qui s'imposait dans la situation où il était.

Mais Régis Labaume monte sur ses grands chevaux. En fait, ses petits chevaux, de Québec, plus des ponys, en fait. Et juste un, parce qu'on est en récession, et qu'à cause des fusions, Lévis et Ste-Foy ont aussi droit à leurs ponys. Mais il gueule fort sur son pony, le Régis, et il le fait devant les kodaks des médias!

Ça fait des réactions de chroniqueurs, quelque chose à lire pendant qu'il n'y a pas de hockey et que Jean Leloup et Éric Lapointe se tiennent tranquilles; ça divertit des gens qui ne s'intéressent pas habituellement à la musique francophone.

Ce que j'aime le plus de la réaction du maire Labaume, qui la rend différente de celles du Festival de Tadoussac et du comité de la Fête Nationale, c'est qu'il demande aux gouvernements, qui les subventionne pratiquement tous à 200% (dépenses, salaires et pertes), d'intervenir. C'est comme si Il Divo se plaignaient que Sony mettait plus d'argent en publicité à Céline Dion qu'à eux, alors qu'elle a beaucoup plus d'envergure internationale et attire beaucoup plus de gens et, donc, rapporte beaucoup plus d'argent en impôts...

J'ose espérer qu'il n'aura pas ce qu'il désire.

mardi 4 août 2009

Dehors, Novembre: Dédé Fortin, Rêveur Éveillé

Faut croire qu'il est temps de se remémorer. Cet hiver, il y a eu le film, Dédé À Travers Les Brumes, qui a amené sa vague de souvenirs, puis cette semaine, il y eut pas moins de trois spectacles-hommages à Dédé Fortin, dont un avec quelques-uns de ses anciens comparses des Colocs.

Puis une autre pluie de textes sur André ''Dédé'' Fortin, dont trois sur Cyberpresse: Marc Cassivi qui me vole mon opinion, Alexandre Vigneault aussi, et Marie-Christine Blais en fan toujours aussi finie qui parle de son enterrement.

Bon, je dis ''vole mon opinion'', mais ce n'est que parce qu'eux aussi n'ont pas trippé sur le premier disque des Colocs, celui des méga-succès Julie, Passe-Moé La Puck et La Rue Principale (bien que j'avais trouvé les clips pas mals). C'était, pour moi, ni plus ni moins que de la musique de party (trop?) typiquement provinciale avec des textes vaguement sociaux mais assez communs, trop évidents - comme une publicité où l'on voit des enfants africains mourrir de faim. Bien sûr que ça nous touche, mais: 1. vous y êtes déjà à les filmer, aidez-les vous-mêmes, et 2. c'est trop évident qu'on joue avec nos instincts primaires, c'est devenu plus qu'on sait qu'on se sentirait mal d'être indifférents alors on s'efforce de ne pas l'être.

Déjà, en 1995, avec Bon Yeu, sur Atrocetomique, bien que la langue y était plus crue, le message passait mieux. Le problème de la rareté de l'emploi, de la pauvreté y était quand même traité plus subtilement et moins directement que dans Passe-Moé La Puck, qui traitait d'itinérance et de l'hypocrisie de l'attention qu'on y consacre au temps des fêtes. Le clip de Bon Yeu, en plus, sa simplicité, en fait, ne faisait qu'ajouter au message: loin du stop-motion des trois premiers hits, on reprenait les cartons blancs avec messages en noir de Subterranean Homesick Blues de Bob Dylan, le premier clip à utiliser ce procédé, mais, par surcroît, de filmer le tout dans la cour d'une église abandonnée - située à côté du 2116 St-laurent où le groupe a été formé - vouée à la démolition malgré son statut de monument national, on ajoutait un second degré à l'idée.

Ah, les idées. Fortin en débordait. Celle de lancer son deuxième album au Spectrum, au party référendaire du camp du Oui le soir du référendum sur la souveraineté de 1995, alors que Mike Sawatzky, guitariste du groupe, un Cri anglophone de l'Ouest Canadien de naissance, est partisan du Non, en était une qu'il aurait pu abandonner. Un peu parce que c'était un pari risqué de devoir chanter ses chansons de party dans une ambiance de défaite si défaite il devait y avoir, mais aussi parce qu'il est prétentieux, après seulement un album, de se faire la tête d'affiche d'une cause défendue depuis des décennies par les Richard Séguin, Richard Desjardins et autres Paul Piché.

Et non seulement il y a eu défaite, mais le discours que prononça Jacques Parizeau, blâmant légendairement ''l'argent et le vote ethnique'' allait totalement à l'encontre des valeurs de Dédé, qui voulait, oui, un Québec souverain et indépendant, mais le voulait inclusif, pour tous ceux qui voulaient être Québécois, peu importe la langue d'origine, la couleur de peau, la religion, l'orientation sexuelle...

Le Québec de Dédé Fortin non seulement acceptait un Mike Sawatzky mais tenait à son épanouissement. Celui de Parizeau lui a confirmé ce que Sawatzky avait entendu toute sa vie: speak white, hostie. M'enfin...

Je ne sais pas si je suis anormal ou vicieux, mais je semble préférer l'art qui naît dans la tristesse. Avec la mort de son comparse et Coloc d'origine Patrick Di Napoli (VIH, 1994) , la défaite référendaire et la crise du verglas déprimante à souhait début 1998, Fortin en a broyé du noir.

Et il nous a pondu Dehors Novembre, le deuxième meilleur disque de l'histoire du Québec. Je vous épargnerai pour l'instant (et garderai pour un texte prochain) les raisons qui me poussent à l'en classer ainsi (et l'identité des autres qui l'entourent), mais il s'agît d'un album parfait: sombre, texturé, textes recherchés et poignants, ouverture sur le monde, phrases en Wolof, band aggrandi, quelques tounes plus beatées (dont une entièrement reggae) pour plaire aux radios, la meilleure chanson une ballade morbide - Le Répondeur - que le groupe refuse de sortir en single (un peu comme Black, de Pearl Jam, en 91-92), un vrai trip artistique réussi du début à la fin.

Je l'ai acheté parce qu'il était en spécial au Future Shop à 9.99$ (comme la plupart des nouveautés de la semaine à l'époque) et je savais que je pouvais le revendre pour 6 ou 7 dollars à un magasin de disques usagés si je ne l'aimais pas, une moindre perte; j'avais l'habitude d'acheter entre 5 et 10 disques par semaine à l'époque, juste pour voir (et surtout entendre!) ce qui se faisait, partout, en musique.

C'était en mai 1998, premiers balbutiements de ma relation avec une fille qui s'appelait Myriam. En arrivant chez ma copine, qui travaillait, je me suis assis sur le divan et j'ai mis le disque, m'attendant à endurer un calvaire d'environ une heure avant de passer à autre chose. Mais voilà, je n'ai pas bougé d'un poil pendant toute l'écoute, même qu'une fois le disque terminé, je suis resté sur place, ébahi, mortifié, atteint, dévasté.

Chaque mot un pincement au coeur, chaque phrase qui se termine un tour de fer dans la plaie. Je l'ai ré-écouté 6 autres fois avant que Myriam ne revienne de travailler.

- Qu'est-ce que tu fais là?
- Je viens de finir d'écouter le nouveau disque des Colocs. Sept fois...
- Sept fois? Mais tu ne les aime même pas!
- C'est ma-la-de. C'est tellement bon, tellement touchant, tellement marquant. Tu te souviens il y a deux ans, l'effet qu'a eu Le Dôme de Jean Leloup? Bien que tout le monde l'aimait, ce fut la surprise quand même quand le chef d'oeuvre est sorti?
- Ouais...
- Pareil. Mais en triste au lieu d'en fucké. Au lieu de te confondre dans un Manoir À L'Envers - quand tu ne sais pas qui est M.C. Escher, bien entendu - ou de te parler d'Edgar Poe saoûl sur le bord de la route, ben il te parle de mort, de dépression hivernale, de solitude. Et pis ça frappe dans le mille.

Contrairement à ce que l'on peut penser, puisque je suis un musicien avec une formation en cinéma, rarement je n'associe une chanson avec un événement, sauf, bien entendu, dans un concert. Je le précise parce qu'à l'été 1998, ma relation avec la fille citée plus haut a pris fin. Il appert aussi que j'ai passé une bonne partie de l'été à écouter l'album des Colocs. Certains font le lien: il était déprimé, il a écouté de la musique déprimante, c'est pour cela qu'il aime l'album. Mais non. Non seulement il n'y avait aucune chanson sur repeat chez moi, mais même à ce jour, je n'associe aucune chanson (d'aucun artiste) ni aux meilleurs ni aux pires moments de ma relation avec elle, ni à ma façon de passer au travers la rupture (qui fut, en fait, d'obtenir le premier ''emploi de rêve qui allait me décevoir'', soit de travailler au magasin de livres et de disques usagés L'Échange).

Certaines chansons ont beaucoup tourné à la radio et à MusiquePlus, je pense ici évidemment à Tassez-Vous De D'Là et Pis Si Ô Moins, une rotation excessive qui aurait pu tuer le goût d'entendre ces chansons-là, mais il n'en fut rien. Et c'est tant mieux.

Avec le temps, j'ai pu apprivoiser certaines des pièces des albums précédents de façon à ne pas chercher les toilettes à tout prix quand je les entends dans un bar ou chez quelqu'un, mais elles demeurent moins bonnes et moins marquantes, moins poignantes que celles de Dehors Novembre. Comme si elles étaient incomplètes.

J'en discutais avec Jimmy Bourgoing, leur batteur originel, qui quittait le navire en 1998. Même lui ne peut écouter certaines pièces, dont la chanson-titre dont il a co-signé la musique, de l'album, parce qu'elles sont trop touchantes.

Il est difficile d'élever au rang de légende un artiste qui a pondu un chef d'oeuvre et deux albums potables, mais on l'a fait pour Kurt Cobain en 1994, même que pour lui, de façon posthume, on a révisé tous les palmarès du temps qu'il était en vie pour le faire passer de la deuxième, troisième, cinquième, dixième place à la première, révisionnisme assez bâtard. Et je pleure chaque fois que Dédé Fortin est comparé à Cobain, parce que c'est le rabaisser énormément que de le catégoriser ainsi.

Avec Leloup, Fortin aura été le porte-étendard d'une culture québécoise populaire et intelligente des années 90, qu'ils ont dû porter bien haut et bien seuls, malheureusement, trop peu souvent suivis par des Daniel Bélanger et Kevin Parent pas toujours à la hauteur - et dépassés en termes de ventes par des Éric Lapointe cheaps et des centaines de clones de Céline Dion.

jeudi 30 juillet 2009

Coeur De Pirate Répond...

... et blâme Béatrice Martin, ou du moins la Béatrice Martin insécure qu'elle était il y a deux ans. Alain De Repentigny, de La Presse, est le récepteur de ses confessions.

Bon, elle aurait pu assumer à 100% plutôt que de dire qu'elle a ''envie de pleurer'' quand elle revoit ces photos-là... mais on va lui laisser le bénéfice du doute.

Elle n'est pas la première fille qui pose nue, et, espérons-le, ne sera pas la dernière non plus. Elle regrette et ne veut plus en parler, passons à autre chose.

Suivante!

Les Photos Osées De Béatrice Martin (alias Coeur De Pirate)

Voici donc le gros de l'histoire:

Il s'agît d'une belle fille. Une fille pas mal belle, même. En 2007, la fille en question, appelons-la Béatrice, se fait prendre en photo en tenue, disons, légère. Les belles filles, pour une raison ou une autre, aiment se faire prendre en photo avant d'atteindre un âge plus mûr, question de se rappeler quand elles faisaient baver tous les hommes, j'imagine.

Les filles qui trouvent qu'elles ont un défaut semblent encore plus destinées vers cela, et notre Béatrice, elle, de ce que l'on entrevoit/entend trois ans plus tard, n'a qu'un nez original qui ne cadre pas avec l'image habituelle d'une superbe fille. N'empêche, avec ses tatous et son cerveau hyperactif, elle est la bad girl dont tous les garçons rêvent. Mais ça, encore, ce genre de fille ne le croît pas toujours d'elle-même.

2007, donc, scéance de photos érotiques mettant en vedette la belle Béatrice. Scéance publiée chez un site web américain de filles ''pas habituelles, en tenue légère''.

En 2008, la gente dame, déjà musicienne indépendante, se décide à lancer un album solo. Admettons-le tout-de-go, je suis parmi lesquels elle demande de l'aide, dans mon cas pour enregistrer des coeurs et des sifflements. Oh, chanter des coeurs, je le peux, mais siffler, oh, que je suis pourri! On remet donc à une prochaine fois.

Entre-temps, un douteux chroniqueur du réputé journal Mirror, propose de faire une photo montrant les multiples tatous de la multi-talentueuse Coeur De Pirate, juste avant que son disque ne sorte. Un ''nu artistique'' sans fla-fla, mais que sa compagnie de disques (et son patron, le respecté Éli Bissonnette, également de l'étiquette Dare To Care et ami-par-alliance) demande gentiment de retirer du web, ce qui fût fait.

Puisqu'il en est là, Bissonnette demande aussi au site américain de mettre de côté les 'vielles' photos de Béatrice, question de ne pas ruiner sa carrière avant même qu'elle ne démarre. Chose qui fut faite.

Jusqu'ici, aucun problème. Plusieurs membres de la scène musicale ont vu ces photos, et la plupart n'y ont vu que de l'art (il faut dire que nous considérons aussi le roller-derby 100% féminin comme étant un sport légitime que nous encourageons).

Toutefois, un journaliste du Soleil, Ian Bussières, probablement en se masturbant, se rend compte que les photos qu'il regarde ne comportent pas le même nombre de tatous que la photo de presse officielle de Coeur De Pirate. Tout à coup, il lui vient à l'idée que ''Béa'' était possiblement mineure au moment où le Kodak fit son travail et, entre deux coups de bras sur le pénis, ne peut s'empêcher d'écrire un article à ce sujet. Que Tracii Lords l'ait fait il y a 15 ans, ça passe, que Samantha Fox l'ait fait à 16 ans aussi, mais une fille d'ici???

Un deuxième article suit, puis une comparaison entre toutes les artistes qui ont posé nues et dont les images ont rattrappé L'Image. Et, enfin, une quatrième chronique, par un tout autre journaliste, Matthieu Boivin, qui, enfin, expose en partie le point de vue de l'artiste.

Tout ce brouhaha pour quelque chose qui se trouve en BitTorrent, pour des photos dont une grande partie de ses fans sont déjà au courant, d'un site web qui ne les héberge plus depuis deux ans, à la veille de participer aux Francopholies de Montréal.

J'hésite entre:
- brasser de la marde pour rien, ou
- Much Ado About Nothing

Dans les deux cas, il s'agît d'une toute petite histoire sans histoire... une tempête dans un verre d'eau... une goutte de pluie dans l'océan...

J'espère que la belle s'en sortira quand même indemne.

vendredi 10 juillet 2009

Un Premier Mini 'Wild'

Faut croire que, malgré ce qu'il nous fait endurer depuis qu'il est ''au pouvoir'' et ses discours d'une droiture tonitruante, Stephen Harper sait vivre.

Qui l'eut crû s'y fier?

mercredi 24 juin 2009

Bonne St-Jean Quand Même

La controverse entourant le spectacle d'hier où deux groupes anglos ont joué étant maintenant chose du passé, on peut passer aux Vraies Affaires.

La St-Jean-Baptiste. La Fête Nationale.

Le solstice d'été est arrivé, il fait beau, il fait chaud, on va passer la journée à ne pas s'adonner à notre sport favori (celui de rabaisser les Québécois qui connaissent du succès à l'étranger, c'en est d'ailleurs le seul jour de congé de José Théodore dans le domaine).

Normand Brathwaite va se fendre le cul à animer une foule vendue d'avance et à soulever une fibre indépendantiste que les artistes quétaines invités à son show tenteront de feindre ne pas avoir compris pour ne pas froisser les gens qui ne se seront pas déplacés pour voir le spectacle.

MusiquePlus va va faire son possible pour donner un répit aux clips de Madonna, U2 et Lil' Wayne qui constituent habituellement 80% de leur programmation et vont nous ressortir des chefs d'oeuvres (ou plutôt des hors-d'oeuvres) de Véronic Dicaire et Julie Masse quand ils vont se rendre compte qu'après avoir joué des clips de Malajube, Karkwa, Jean Leloup et quelques groupes de la relève (ainsi que trois rappeurs), il restera encore 23 heures à remplir avant de ressortir les cassettes BetaMax usées de Green Day et Eminem de la resurfaceuse.

On va boire de la Molson Ex, de la 50, de la Bleue Dry et de la Coors Light plutôt que de la Unibroue ou Cheval Blanc, mais quand même, on va boire de la bière et faire des jokes de blondes et profiter de la belle journée de congé qu'on nous offre en ce premier jour d'été, parce qu'on sait aussi que dans exactement une semaine, au Canada Day, ou bien il va mouiller comme ça ne se peut pas, ou bien il va pleuvoir dans nos coeurs non seulement par principe mais aussi parce qu'on aura fêté la veille sans raison et qu'il faudra déménager le beau-frère trop tôt le matin avec un mal de tête de l'enfer où il faudra passer d'un sous-sol à un troisième étage, passer 5 heures dans le traffic, attendre 2 heures pour recevoir la pizza froide et mal cuite, et que le magasin de location de camion va être fermé quand il sera temps de ramener le truck, et qu'il va falloir le payer pour une journée de plus.

Bonne St-Jean quand même!

vendredi 19 juin 2009

Une Saint-Jean Bilingue! Tabarnak! (ajout)

Le hockey terminé, il y a un nouveau sujet de l'heure au Québec: le biliguisme de la Fête Nationale! Et ça crie fort dans les chaumières: ''on les endure à longueur d'année, depuis 450 ans, on se fait notre propre fête pour célébrer notre survie vis-à-vis eux, et voilà qu'ils viennent même envahir notre Fête à nous''. Les groupes séparatistes sont en colère!

Peu importe d'où ils viennent et le message qu'ils véhiculent, j'ai toujours bien de la difficulté à ne pas associer les manifestants aggressifs et trop frustrés aux manifestants de droite aux États-Unis (exemple comique ici, un rallye anti-David Letterman). Bon, c'est sûr qu'une manif pacifique et pacifiste, c'est autre chose, mais la colère des anti-groupes anglophones de cet été est telle que, vraiment, elle frôle l'illogisme.

Bon, Nathalie Petrowski aborde un peu le sujet ici, en mentionnant que Simple Plan, Pascale Picard et Céline Dion font tous carrière internationale dans la langue de Men Without Hats, le fait demeure que, depuis 2003, à l'échelle mondiale, la musique canadienne est représentée par ses merdes extrêmes (Nickelback, Theory Of A Deadman, Sum-41, Avril Lavigne, Swollen Members - tous des bons Canadians provenant de l'ouest de Gatineau) et ses véritables artistes dont le travail de recherche est complexe et apprécié (Patrick Watson, Arcade Fire, The Dears, The Stills, The Nymphets, Wolf Parade, les Wainwright (Rufus et Martha), Melissa Auf Der Maur, et j'en passe - TOUS Montréalais.

Autant dans les années 70, c'était les Robert Charlebois, Offenbach et autres Harmonium qui éclairaient notre paysage culturel, autant de nos jours les Anglos de Montréal en sont les phares. On dit que la création et l'art en général se nourissent des douleur et des difficultés; les artistes sus-mentionnés la connaissent: ils vivent en minorité dans la seule vraie ville de leur province qui, elle, est la minorité de son continent. Ils sont une mise en abîme parfaite du monde dans lequel nous vivons tous, en ce nouveau millénaire.

Et il faudrait les refuser dans nos célébrations parce que, comme nous, ils ne 'fittent' pas dans leur environnement? Parce que comme nous, ils sont minoritaires?

Contrairement à leurs parents ou grand-parents, ces artistes de 30 ans et moins ont appris le français à l'école (grâce à la Loi 101); plusieurs, même, se feraient mieux comprendre de la communauté internationale que bien des Québécois pure-laine du fin fond des campagnes, parce qu'ils ont appris un français plus international et neutre à l'école, mais en nous côtoyant, ont aussi appris à apprivoiser notre accent distinct. Je me plais aussi d'ajouter que plusieurs d'entre eux écrivent leur français avec moins de fautes que la plupart d'entre nous.

Parlant de distinct, a-t-on déjà oublié que par deux fois nous avons perdu un référendum sur la souveraineté? Si on n'est pas capables de se convaincre soi-même du bien-fondé d'être maîtres chez soi, au lieu de blâmer ''l'argent et le vote ethnique'', ne devrions-nous pas convaincre l'autre majorité de notre province que, dans le fond, à part la langue, nous sommes tous disctincts, mentalement, du reste du Canada, du reste du continent, de par notre ouverture sur le monde, nos tendances gauchistes, notre côté égalitaire, notre nature à être contre la guerre non-fondée (celle d'Irak me vient en tête, alors que les manifestations étaient plus grosses à Montréal que dans le reste du pays, plus favorable aux invasions barbarres), pour la liberté plus que la sécurité...

Christ, les anglos du Québec, ce sont aussi des Québécois, ils sont bien plus proches de nous que des Torontois. Les Molson et les Bronfman, ce sont les premiers locaux qui ont pris leur destinée en mains aux dépens des Américains. Ils parlent notre langue - celle de l'auto-gérance.

Au lieu de s'en limiter aux slogans, il serait peut-être temps qu'on s'ouvre plus à notre propre monde qu'au monde extérieur, parce qu'à date, on semble porter des oeillères. On pourrait plutôt tenter de les convaincre du bien-fondé de nos intentions - celle d'assurer notre pérennité tout en habitant un pays où il fait bon habiter, où les enfants peuvent avoir une éducation qui a de l'allure, où les malades peuvent se faire guérir, où les élus ne parlent pas de rétablir la peine de mort ou contrer le droit à l'avortement, où on peut tenter de repousser encore plus loin les limites entre les gens et leurs droits, peu importe leur sexe, orientation sexuelle, origine ethnique, religion, opinion politique, langue maternelle.

En attendant, mon pays, ce n'est pas un pays où le français est la langue d'usage, c'est une bande de caves qui préfèrent se battre entre eux pour des conneries et qui acceptent de se faire dire ce qu'ils doivent faire par le premier ministre du pays voisin qui n'a même pas été élu majoritairement. Bravo.


ajout: Patrick Lagacé commente aussi, en fin de texte.

mercredi 20 mai 2009

Patrick Roy: Montréal ou Colorado (ou ailleurs)?

Excellente idée de Mathias Brunet, de Cyberpresse, ce matin, que de laisser les gens spéculer et donner leur opinion au sujet de Patrick Roy sur son blogue. La question, essentiellement, est de savoir: Patrick Roy, dans la LNH, à Montréal ou au Colorado (ou ailleurs)?

Ma réponse?

Montréal, c'est certain.

Roy carbure à la pression et au risque dans le seul but d'être le King. Et ça, demandez-le à Brian Burke, ça ne se fait pas dans un bled perdu même quand on y remporte un championnat; ça se fait dans une métropole, et c'est encore mieux quand on part de rien.

Dans les annales de la LNH, quand on pense Mark Messier, ce n'est jamais ses 5 Coupes avec les Oilers qui reviennent, même pas en photos, même pas la dernière, sans Gretzky (en fait surtout pas elle). Non, c'est dans le chandail des Rangers, en 1994. Patrick Roy, c'est pareil.

Roy à Montréal, c'est deux Conn Smythe et deux Coupes inattendues et la montée du meilleur gardien au monde. Roy au Colorado, c'est les Red Wings avec un meilleur gardien, c'est un Conn Smythe échappé à Joe Sakic, c'est une défensive où Rob Blake peut jouer sur le 2e avantage numérique, c'est une équipe d'étoiles qui devait gagner à chaque année et ne l'a fait que deux fois, c'est sept trophées Vézina à Dominik Hasek. Son seul fait d'armes aura été d'y battre les Devils de Brodeur en un 7e match en 2001 (la preuve, selon moi, de la supériorité de Roy).

Je ne sais pas pourquoi il est tant mal-aimé par les gens d'ici, surtout que les raisons pour lesquelles on lui en veut le plus, ses sautes d'humeur derrière le banc, sont exactement les mêmes raisons qui font qu'on a tant aimé Michel Bergeron et qu'on le voit dorénavant à chaque soir à la télé.

Donnez-moi quelqu'un qui ne digère pas la défaite, un passionné qui connaît la game de tout ses angles, un gagnant - n'importe quand. Oui, Carbonneau aussi avait gagné. Peut-être le meilleur avant défensif de tous les temps. Mais combien de Conn Smythe? Roy en a 3, un record. Plus que Gretzky, Béliveau, Howe, Messier, Jagr. Ça veut dire qu'il a fait la différence quand ça comptait le plus, le plus souvent. Et il préfère le faire quand les projecteurs sont sur lui.

Il mange du hockey, achète du hockey, en collectionne même.

Il a réussi à convaincre des joueurs et des parents convaincus que la LHJMQ n'était pas le bon endroit où jouer pour un jeune à y aller, dans sa plus grande ville, en plus. Il risque même d'être plus convaincant que Bob Gainey pour attirer les joueurs autonomes pour cette même raison. Et il réussirait sans aucun doute à rappatrier François Allaire pour montrer à nos gardiens comment vraiment bien garder les buts.